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concerts

 Wax Tailor : « Un accident originel peut devenir une intention artistique »

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Incontournable de la scène electro-hip-hop, Wax Tailor se lance dans une nouvelle aventure avec le projet Fishing for accidents. L'occasion pour nous d'en savoir un peu plus sur la conception de cet album.

Sortir : Le titre de votre nouvel album, Fishing for accidents, a pour origine une phrase d'Orson Welles, est-ce que vous pouvez m'expliquer pour quelle raison cette phrase vous a inspirée ?
 
Wax Tailor : Je pense qu'elle a fait écho, je ne cherchais absolument pas à capter ou à capturer quoi que ce soit. Dans cette phrase, il explique son travail, et cela fait vraiment écho au processus de création de musique. Au moment où il l'a synthétisé comme ça, en disant « Mon travail consiste beaucoup à capturer des accidents », il repart sur le plateau en disant « Let's go fishing for accidents », il y a une espèce de fluidité de phrase, une espèce d'évidence. Je me suis dit que c'était un élément extrêmement important dans le parcours de ce que tu fais parce que pour moi (et c'est là que c'est important de préciser ce propos), dans l'esprit des gens, quand on parle d'accidents, ce ne sont pas des choses intentionnelles. Mais c'est une connerie, il faut plutôt regarder tout le processus, parce qu'un accident, c'est quelque chose qui n'était pas prévu, mais c'est quelque chose que tu as provoqué. Parce que tu as tout fait pour lui donner un contexte. Quand un réalisateur se retrouve à capturer quelque chose qui n'était pas prévu, il a tout mis en place pour que cet accident arrive.
 
Sortir : Pour résumer il y a une progression du processus jusqu'à cet accident ?
 
Wax Tailor : Il y a une progression mais il y a surtout quelque chose de plus important, il y a une capture. Pour rester sur cette analogie, si un réalisateur décide que quelque chose qui n'était pas prévu ne lui va pas du tout, il va dire « stop, arrêtez vos conneries, on y retourne », mais s'il dit « c'est génial, on garde », ce n'est plus simplement un accident. C'est un accident originel qui devient une intention artistique.
 
Sortir : Elle tombe bien cette métaphore cinématographique, parce qu'en plus du titre de votre album, votre univers musical est plein de références à cet univers notamment des samples de dialogues qui sont un peu votre signature, d'où vous vient ce goût de lier musique et cinéma ?
 
Wax Tailor : Ce n'est pas quelque chose qui était intellectualisé à la base. C'est quelque chose qui était déjà ancré dans la culture hip-hop, et, venant de cette culture, l'intégration de dialogue de films était vraiment naturelle. Même plus que le hip-hop, je pourrais parler du sampling et des premiers essais mainstream (je ne parle pas des choses expérimentales des années 60 parce que je n'y étais pas confronté). Mes premières rencontres musicales avec des gens qui ont vraiment bricoler ce sont des gens comme Coldcut ou Bomb the Bass, des gens au milieu des années 80 ont utilisé les premiers samplers et dont les premiers réflexes ont été d’aller chercher des phrases de films. A l'époque, je devais avoir 12 ans, c'était une révolution dans ma tête. C'est quelque chose qui m'a imprégné assez fort pour que 35 ans après j'en sois encore là. La seule nuance avec eux, c'est que je pense que j'ai poussé le curseur. C'est-à-dire que chez eux, c'était de petits éléments, moi j'ai voulu savoir jusqu'où on pouvait agréger le contenu cinéma et en faire quelque chose. Et il y a une double articulation dans le dialogue de film. Tu as le contenu, la phrase intrinsèque, ce qu'elle raconte. Puis tu as la rythmique de la phrase. Il m'arrive de bloquer sur une phrase juste parce que je l’entends musicalement. Non pas que la phrase soit révolutionnaire, mais elle a une musicalité. C'est comme un MC qui a un phrasé, un flow. C'est comme un pattern que tu visualises dans ta tête, et tu te dis « cette phrase-là, il faut que je la place quelque part ».
 
 
Sortir : Dans votre précédent album, The Shadow of their suns, vous vous empariez de thèmes sociétaux tels que les angoisses actuelles concernant la politique et l'écologie, ces thèmes sont-ils toujours présents dans ce nouvel opus ?
 
Wax Tailor : Il y a une question de curseur. Ce n'est pas un album qui est autant concentré sur ce questions-là, mais je n'ai jamais fait un album où il n'y a pas quelques titres qui soient empreints de ce type de thèmes, de questionnements politiques (au sens très large). C'est un album qui est plus ancré sur une forme artistique musicale, c'est un album plus stylistique dans sa forme, ça ne veut pas dire qu'il n'est pas imprégné de ces choses. Évidemment le curseur n'est pas le même, le fil conducteur de l'album précédent était de creuser au fin fond de mes névroses et de mes questionnements sociétaux, forcément c'était bien plus présent, et d'ailleurs l'album était plus sombre. Le dernier est plus coloré, mais si tu prends le titre le plus coloré de The Shadow of their suns, il est plus funky que le plus sombre de celui-là. Ça vient aussi de la façon de le travailler. J'ai souvent des titres en tête, et il me faut le temps de décanter. J'ai souvent eu des titres d'albums qui arrivaient 5-6 ans après la première idée, voire plus, parce que je vois que c'est une idée mais je n'arrive pas à lui donner une véritable forme.  Ça arrive bien plus tard. Je pense à l'album By Any Beats Necessary, qui est sorti en 2016 et qui pourtant a failli être mon deuxième album. J'avais déjà ce titre en tête, il y avait vraiment cette lecture musicale, et au moment où je l'ai fait il s'avère qu'il a pris une dimension toute autre. Une dimension beaucoup plus référentielle, beaucoup plus axé sur la « politique États-unienne ». Dans le dernier album, il y a moins d'élément mais par exemple un titre comme Freaky Circus est clairement politique. Mais l'angle est beaucoup moins « couteaux entre les dents », on avait envie de le prendre de façon plus cynique. On peut tout à fait prendre une même question sous des angles différents.

Sortir : Justement puisque l'on parle de Freaky Circus, on trouve beaucoup de rappeurs parmi vos collaborations, est-ce important pour vous que cette discipline soit présente sur vos différents projets ?

Wax Tailor : C'est l'essence de ma culture musicale donc je ne me suis jamais vraiment posé la question. Je ne m'interdis rien, je ne me dis pas en amont « il faut absolument que j'ai des rappeurs », mais il s'avère qu'au fil des titres il y a toujours un moment où je me dis « sur ce morceaux là j'aimerais bien entendre cette voix ». Ça me paraît difficile d'imaginer un album sans aucun morceau rap.

Sortir : Vous procédez donc plutôt au feeling pour choisir vos collaborations ?

Wax Tailor : Ce sont les morceaux qui dirigent tout. Je n'ai jamais fait un titre pour quelqu'un. Je fais quasiment une trame instrumentale d'album, puis sur certains titres, il arrive que dès le début du morceaux je me dise « c'est clair il faut bosser avec tel artiste ». Puis parfois c'est très long, le morceau est quasiment fini et je ne suis toujours pas au clair, et ça vient sur le tard. C'est la musique qui détermine tout.

Sortir : Pour concevoir la pochette de cet album, vous avez fait appel à l'artiste japonaise Hanako Saïto, qui avait notamment travaillé avec Tarantino sur Kill Bill. Pourquoi le choix de cette esthétique ? Et que raconte cette pochette ?

Wax Tailor : Par accident. Mais pour le coup vraiment. Pour moi c'est toujours un moment très laborieux le choix de la pochette. J'ai l'impression que c'est la partie la plus compliquée, par ce que je viens d'une époque où la rencontre avec un album se faisait chez un disquaire, avec un visuel. C'était ton premier contact avec un disque, et je trouve que c'est un peu la porte d'entrée qui te donne envie ou pas. Ça m'a toujours travaillé, ce n'est pas quelque chose que j'arrive à prendre à la légère. Et en même temps, c'est très compliqué parce que tu es toujours en train de fluctuer entre l'envie de tout résumer ou de juste donner un petit indice sur ce qu'il se passe derrière. Et on a commencé à travailler avec un graphiste sur une idée, on y a passé beaucoup de temps, et en cours de route je me suis dit qu'on était en train de se planter, que c'était pas le bon concept visuel, ça ne marchait pas, ça ne faisait pas écho à la musique. On était un peu « en PLS » sur la question. Puis elle m'a recontacté, on s'est rencontré à Tokyo il y a plus de 10 ans, on reprend contact de temps en temps mais de façon plutôt anecdotique. Elle m'a demandé si elle voulait qu'elle y réfléchisse et presque par politesse je lui ai répondu « pourquoi pas » sans savoir si ce serait vraiment pertinent. Puis je lui ai envoyé une note d'intention, des informations, un peu de son. Elle est revenu avec la pochette et au final ça m'a parlé tout de suite, parce que souvent je pêche par cette volonté de vouloir mettre tout sur la table, avec trop de détails. Sur cette pochette, il y a une sorte d'évocation poétique.

Sortir : Quels sont vos projets à venir ?

Wax Tailor : Là on sort d'une tournée États-Unis et Canada, on reprend bientôt avec une quinzaine de dates en France et une dizaine de dates dans le reste de l'Europe.

Sortir : Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour la suite ?

Wax Tailor : De l'énergie et de la santé ! (rires) Plus sérieusement, que les gens viennent nous voir en concert, je crois que c'est ce qui me travaille le plus. Il y a eu beaucoup de travail sur cette tournée qui arrive, sur ce show, j'ai envie que les gens viennent voir à quoi ça ressemble. Pour l'instant c'est cool, ça se passe très bien, j'ai hâte d'y être et de retrouver cette dimension-là.

Publié le 28/04/2023 Auteur : nicolas lecomte

Wax Tailor sera présent au Festival Rencontres et Racines (Audincourt, 23 Juin) et au Catalpa Festival (Auxerre, 24 juin). L'intégralité de l'interview est à retrouver sur le site sortir.eu.

Propos recueillis par Nicolas Lecomte

Crédits Photo : Ronan Siri


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