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Survage, un voyage à travers les avant-gardes du XXe siècle

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À La Louvière, le MiLL, musée dédié au sculpteur Idel Ianchelevici (1909-1994), consacre une exposition au peintre Léopold Survage (1879-1968).

 

Intitulée "Léopold Survage. Abstrait ou cubiste ?", la rétrospective est itinérante, s'arrêtant au MiLL pour sa troisième étape. Cette mutualisation du travail entre plusieurs musées a permis la réalisation d'un très beau catalogue. L'exposition commémore les 40 ans de la mort du peintre et célèbre les 30 ans de la création du musée Ianchelevici. Les deux artistes furent d'ailleurs liés par une grande amitiée, née lors de leur participation au décor du Palais des Congrès de Liège en 1958. L'événement donne ainsi au musée l'occasion de faire redécouvrir aux visiteurs le travail pour le bas-relief réalisé alors par Ianchelevici, également auteur d'un buste représentant Survage.

Comme le suggère le point d'interrogation dans le titre de l'exposition, Survage est un artiste difficilement classable, qui a pris part à différentes grandes expérimentations de l'art du XXe siècle, ce que décrit efficacement le parcours chronologique. Né en Russie, il entre comme apprenti à l'âge de 17 ans dans l'entreprise de son père, facteur de piano. Mais le jeune homme ne peut oublier sa vocation artistique et finit par rentrer aux Beaux-Arts de Moscou, contre l'avis paternel. En visitant la prestigieuse collection de peinture de Sergeï Chtchoukine, il découvre notamment Gauguin et Cézanne dont il devient un grand admirateur. A la mort de son père en 1908, attiré par les lueurs des avant-gardes parisiennes, il quitte Moscou.

L'Oiseau Courtesy © Léopold Survage © Galerie Daniel Malingue, Paris

A Paris, Survage entre comme accordeur à la Maison Pleyel pour gagner sa vie. En parallèle, il suit des cours, peint et expose ses œuvres. A la veille de la Première Guerre mondiale, le peintre explore l'abstraction, apparue autour de 1910, dans le cadre d'un projet novateur : un film animé, composé d'aquarelles intitulées Rythmes colorés, tentative de représentation picturale de la musique. Mais la guerre éclate, empêchant l'aboutissement de ce travail. De santé fragile, l'artiste n'est pas enrôlé. Durant le conflit, il vit à Saint-Jean-Cap-Ferrat, dans le Sud de la France, où il s'intéresse au Cubisme, mouvement déconstruisant la perspective traditionnelle et s'efforçant de représenter plusieurs facettes d'un même objet sur un même plan. Survage s'en distingue toutefois par sa palette aux vives couleurs de la Méditerranée, et par les représentations symboliques, oiseau, silhouette, poisson, qui confèrent une atmosphère onirique à ses toiles. Repris dans plusieurs de ses tableaux, ces éléments constitueront une bonne entrée pour visiter l'exposition avec des enfants. Avec le retour de l'artiste à Paris, le rose disparaît au profit d'ocres et d'orange, ses compositions se font plus rigoureuses et géométriques.

Marchande de poissons, 1927 © Léopold Survage © Musee Ianchelevici

Petit à petit, Survage se sent devenir prisonnier du système du Cubisme. A partir de 1925, il se rend régulièrement à Collioure et à nouveau son environnement influence profondément sa peinture. La puissante lumière du Sud, les ombres très noires et les forts contrastes qu'elle crée, se retrouvent dans des tableaux où la figure humaine reprend toute sa place. Les traits sont plus souples, le dessin plus libre, jusqu'à devenir presque automatique dans les dernières années de sa vie. A la fin de sa carrière, le peintre éprouve beaucoup de joie à créer des formes colorées, empreintes de mysticisme. Il expérimente la technique de la peinture à la caséine (protéine contenue dans le lait), très difficile à mettre en œuvre, mais plus résistante que la peinture à l'huile et au bel aspect mat. Il l'emploie notamment pour sa fresque, longue de 124 m, du Palais des Congrès de Liège, véritable testament artistique.

Publié le 20/11/2017

 

Léopold Survage. Abstrait ou cubiste ?

Du 28 octobre 2017 au 14 janvier 2018, du mardi au vendredi de 11h à 17h et le week-end de 14h à 18h.

De 1,25 à 3€ l'entrée, gratuit pour les moins de 12 ans et le premier dimanche du mois

MiLL Musée Ianchelevici, 21 place communale, La Louvière

+32 64 28 25 30 - info@ianchelevici.be - www.ianchelevici.be

 

Composition 1915 © Léopold Survage © Musée de Béziers